La Bundesliga reprend ses droits ce jeudi, avec un choc annoncé entre Göppingen et Kiel (19h00). Un championnat relevé et disputé que nos Français connaissent bien, pour y avoir évolué de nombreuses années. Retour sur les prémices de cette épopée made in France, au pays du handball.

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L’adage populaire veut que ce soit les Allemands qui ont inventé le handball. La vérité est tout autre : la France a magnifié ce sport. Pour preuve, en juin dernier, le classement EHF intronise la Lidl Starligue, comme meilleur championnat du monde. Avec 147 points, la D1 devance la Bundesliga, considérée comme la meilleure ligue du monde. L’élève a dépassé le maître. Cette reconnaissance du hand Français ne date pas d’hier. Depuis 1996 et l’arrivée de Jackson Richardson en première division allemande, nos Français n’ont eu de cesse de peaufiner leur expérience du haut niveau. Ces joueurs d’exception avaient une passion. Ils l’ont rendu réalisable, dans ce pays où la pratique de la petite balle pégueuse est une institution. 

Les « Barjots » s’exilent

  1. La France est sur le toit du monde et la côte de nos joueurs grimpe en flèche. Outre-Rhin, on s’intéresse de près à ces joueurs exubérants mais ô combien talentueux. En outre, le championnat Allemand bénéficie d’une solide réputation dans le milieu, et, assure de solides garanties financières à ses joueurs. Contrairement, au championnat Français, oscillant entre crise et amateurisme. Nos Barjots passent le Rhin : direction la Bundesliga. Jackson Richardson est le premier à tenter l’aventure. Le capitaine des Bleus signe un contrat de quatre ans avec Großwallstadt. Là-bas, il apprend les exigences d’un championnat rugueux et réussit l’exploit de faire grimper en flèche, les abonnements de son club (NDRL : fois 1000 à l’intersaison 1996). A chacun de ses matches, le natif de la Réunion remplit les salles. Tout le public reconnaît « Jack » et l’apprécie pour son talent. « Aller en Allemagne, LE pays du handball, représente une récompense pour lui », confie le sélectionneur de l’époque, Daniel Costantini dans une interview à l’Humanité. Côté sportif, avec son club de Großwallstadt, Jackson Richardson se contentera d’une simple Coupe des Villes, remportée en 2000 aux dépens de Valladolid.

Très vite, ses petits camarades de vestiaires, Volle, Stoecklin et Mahé le rejoigne et  s’engagent respectivement avec les clubs de Wallau-Massenheim, Minden et Dormagen. Sur le contingent de Barjots, champions du monde en 1995, la moitié « file à l’Allemande » pour se refaire une santé sportive. Record de longévité en Bundesliga, Pascal Mahé restera quatorze au club de Dormagen, de 1999 à 2013. L’ère des Barjots touche à sa fin mais, quelques joueurs tentent l’Allemande comme ultime baroud d’honneur de leur carrière. Philippe Schaaf, Marc Wiltberger et Stéphane Cordinier se lancent à corps perdu dans la Bundesliga, avec plus ou moins de réussite. Au début des années 2000, seul Patrick Cazal, le bondissant arrière droit des Costauds, réussit à faire son trou du côté de l’historique club d’Essen. Après une finale de coupe d’Allemagne, il y remporte la Coupe EHF en 2005 avant de partir à Dunkerque, mais, celà est une autre histoire.   

Les Mousquetaires de Magdeburg

On les appelle les Gladiateurs de Magdeburg. L’histoire d’une bande de copains devenus les meilleurs joueurs du championnat allemand. Leurs noms : Joël Abati, Christian Gaudin et Gueric Kervadec. Lorsqu’en 1997, les anciens joueurs de Créteil signent en ex-RDA, personne ne sait dans quoi ( ?) ils s’engagent. Magdeburg, un club pas comme les autres (NDRL : 10 titres de champion d’Allemagne de l’Est, entre 1970 et 1990) et qui entretien cette vieille rivalité avec les équipes de l’Ouest. Magdeburg, une ville industrielle portant les séquelles de la Guerre Froide, dont les niveaux de chômage et de xénophobie défraient l’actualité. Pourtant, c’est là-bas, sur cette terre glacée de Saxe, que nos « Frenchies » vont réaliser les plus grands exploits de ce sport. Abati, Gaudin et Kervadec sont les premiers Français à être consacré en Bundesliga, en 2001. Le trio continu sur sa lancée en s’imposant sur la scène Européenne. Deux victoires en coupe EHF, en 1999 et 2001, mais surtout, la prestigieuse Ligue des Champions remportée en 2002. Magdeburg, une dream team en or,  qui atteint les plus hauts sommets de la gloire, en l’espace de cinq ans.

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L’idylle de Zouzou

L’actuel consultant de beIN Sports, François-Xavier Houlet est une légende de la Bundesliga. « Zouzou » de son petit nom, est l’ancien capitaine du VFL Gummersbach. De 1999 à 2007, il va y vivre les plus belles années sportives de sa carrière. Ancien joueur de Créteil et Montpellier, François-Xavier Houlet est tenter par l’aventure allemande comme bon nombre ses coéquipiers de l’équipe de France. Arrivé à l’intersaison 1997 à  Niederwürzbach, il peine à s’imposer dans l’effectif et subit les contrecoups d’une expérience sportive catastrophique.

Pendant deux saisons, le cauchemar s’éternise pour François-Xavier Houlet. C’est alors que son ancien entraîneur, Sead Hasanefendic le sort de ce guêpier est le fait signer dans son club de Gummersbach, non loin de Cologne. Là-bas, Zouzou revit et retrouve même la sélection nationale à l’occasion du championnat du monde 2003. Dans ce club historique de Bundesliga, avec ses 12 titres nationaux, FX est un joueur clé de l’effectif d’Hazanefendic. Nommé capitaine (une première pour un joueur étranger), il fait l’unanimité auprès de ses coéquipiers, parmi lesquels les célèbres Yoon Kyung-shin et Gudjón Valur Sigurðsson. Chez les bleus et blancs, le Français reprend confiance en son jeu et s’impose dans le sept de départ. Après la rude découverte du championnat allemand, le natif de Paris devient rapidement la star du club et le chouchou des supporteurs. Durant les matches de Bundesliga, le diminutif « Zouzou » est respectueusement entonné par les 19 000 spectateurs de la Lanxess Arena. Souriant et toujours sympathique, le capitaine de Gummersbach renaît à l’image de son club. Sur la scène Européenne, le VfL atteint à deux reprises la demi-finale de la coupe EHF, en 2005 et 2006.

Avec Zouzou aux commandes, la colonie de joueurs français s’agrandit, avec tout d’abord Eric Amalou, Daniel Narcisse et Cédric Burdet. Puis, avec les venues de Igor Anic,Yohann Ploquin et Geoffroy Krantz. Après avoir revêtit à plus de 300 reprises le maillot de Gummersbach, il met un terme à sa carrière. François-Xavier Houlet n’en reste pas moins dans l’entourage de la direction du club puisqu’il y devient directeur sportif, avec tout le succès qu’on lui connaît. François-Xavier Houlet et Gummersbach, une histoire d’amour qui s’écrit par-delà les frontières du sport.

Maxime Coupeau pour Hand Day