Nous avons rencontré Eric Quintin pour parler de son implication dans le Handball en faveur des personnes atteintes d’austime. Le sélectionneur national des U18 Français est revenu avec nous sur une belle aventure humaine aux côtés de Patrick Bizet infatigable travailleur et cheville ouvrière de cette noble cause.
Bonjour Eric, peux-tu nous parler du Hand autisme et nous parler de cette aventure ?
Il s’agit d’une « aventure » à laquelle m’a sensibilisé Patrick Bizet, un ami de Normandie qui m’avait déjà intéressé au Hand fauteuil et qui anime des séances de handball pour des personnes atteintes du syndrôme autistique. J’admire les personnes qui donnent sans compter notamment au bénéfice des plus démunis, conscient d’être moi-même trop loin des idéaux que je souhaiterais partager… Pris par le quotidien je n’ai su qu’aider un peu à communiquer et me rendre sur place pour voir et ressentir cette nouvelle démonstration que le sport est un outil privilégié pour se connaitre soi-même mais surtout l’autre, notamment dans ce qu’il a de différent, et d’estimable quelles que soient ses différences, ses handicaps. Le sport est multi-formes mais sa capacité à participer au développement de soi, dans un environnement collectif, au vivre ensemble me touchent toujours plus. Le syndrôme autistique, comme le handicap, je crois, en général, est mystérieux pour ceux n’ayant pas de lien avec des personnes touchées… Il est malheureusement souvent question de « peur », de rejet envers des femmes ou hommes, et des familles qui galèrent vivement dans leur quotidien. J’ai donc été intégré à l’animation d’une séance avec des personnes particulières au sens où la communication n’était pas évidente pour moi mais bien préparé par Patrick j’ai essayé de conserver cet angle pédagogique du « défi technique », dans des situations mesurées, et dans des relations très singularisées avec les joueuses et joueurs, du fait de la grande variabilité des intensités autistiques. Ces joueuses ou joueurs expriment soit de l’enthousiasme presque débordant, soit un mutisme fort, et il m’a fallu quelques moments pour accepter de « faire avec » et penser que le lien de confiance, de communication, prend du temps et a besoin de ces nombreuses répétitions pour qu’apparaissent des situations de réussites valorisantes. Il s’agit d’un moment privilégié de détente sportive, en groupe, en équipe, pour ces personnes et leur famille qui, je crois, peuvent profiter de quelques instants de répit dans une vie éprouvante et complexe.
Vous apportez beaucoup, que ce soit vous ou les entraîneurs aux enfants ainsi qu’à leurs familles. En avez vous conscience ?
Nous n’avons pour responabilité que d’animer un environnement dans lequel les jeunes pratiquants tachent de s’exprimer, de développer une motricité parfois très contrainte. Je suis conscient que ce moment est une respiration qui fait beaucoup de bien aux familles, aux enfants qui jouent et retrouvent cette joie de s’amuser simplement ensemble.
Quelles sont les attentes d’un tel événement ?
Il s’agit d’appeler à notre attention, celle de tout un chacun pourtant susceptible d’être touché par ce type de « tuile”. Le caractère humain est évident pour qui accepte de s’intéresser, de s’ouvrir, et on ne peut pas claironner le « vivre ensemble » à chaque coin de gymnase, ou de plage, sans être présent dans les moments où ils sont les plus complexes à mettre en oeuvre. En aidant Patrick, ses amis (es) et indirectement tous ceux qui donnent et oeuvrent ainsi, j’essaye d’apporter un tout petit grain de sable et de contribuer à la sensibilisation de ceux n’ayant pas encore idée de la difficulté de ces situations, pensant que nous saurons ensuite mieux aider à l’attention, à l’accompagnement, à l’estime due à tout être humain, notamment pas aidé par ce type de circonstances. A côtoyer, et vivre simplement avec des personnes dites handicapées, on n’oublie qu’elles le sont et pouvons alors réellement prétendre au « vivre ensemble ». Je regrette de n’avoir pas encore su donner prolongement « chez moi » mais je ne renonce pas, ce serait manquer de respect à ces combattants (es) !
Pour toi, quel est la place que tient le sport dans l’éveil de ces personnes ? D’abord le jeu, un moment de détente, ludique, puis le développement de capacités motrices vraisemblablement utiles au quotidien, puis le faire et le vivre ensemble. Le jeu est quand même un outil génial pour apprendre sans s’en rendre compte, en s’amusant ! Non ?
Le handball est-il important pour ces enfants ?
Je pense, deux des pratiquants rencontrés avaient des capacités qui n’auraient pas fait « tache » dans une équipe de jeunes dits « valides », et leur engagement, leur désir de bien faire, de réussir était fort ! Novice dans cette situation j’étais très touché par les émotions palpables lorsqu’une passe et un enchaînement étaient réussis. Il faut peut-etre plus de temps pour s’approprier un nouvel apprentissage, et les cas sont très différents mais c’était pour moi un enchantement de voir les effets d’une nouvelle acquisition chez une personne dont je ne savais pas toujours traduire les émotions ou le mode de communication. La joie des familles est aussi une saveur inoubliable, elles vivent ces situations avec leur chair, sans que l’environnement social et sociétal ne soit réellement à la hauteur de l’obstacle, « elles en chient » mais elles sont au combat en permanence, et ces quelques instants sont aussi un temps de réconfort, et de jeu, car les mamans et papas se prennent complètement au jeu aussi.
Pourquoi t’es tu lancé tant que parrain dans cette aventure ?
Patrick, handballeur handi suite à une blessure sur le terrain, est un incroyable militant du handball au service de l’humain ! J’ai touché au hand fauteuil grâce à lui, et ce qu’il donne vaut infiniment plus que le peu que j’essaye de lui apporter. Julie, touchée dès sa naissance par un handicap moteur fort, qui m’avait écrit à l’époque de Barcelone 92, et qui est ensuite devenue une amie importante. C’est elle qui m’a amené à percevoir que le handicap peut disparaitre dans le regard de l’autre, simplement en jouant, en vivant, en partageant. Elle a de grandes compétences, notamment dans le juridique, et m’a transmis cette possibilité de trouver des complémentarités, des enrichissements, dans les différences. Elle m’a aussi permis de voir à quel point nous sommes un pays certes enviable sur de nombreux points mais assez hypocrite quant à notre fameuse maxime « liberté, égalité, fraternité »… Le quotidien d’une personne dite handicapée peut très vite être un « enfer ». On a du boulot !
Peux- tu nous raconter un moment que tu as passé avec un enfant ?
Deux moments très différents, peut-être… Baptiste ne parle pas, et ne répondait pas d’évidence aux propositions que je lui donnais, il « se débarrassait » du ballon que nous espérions le voir s’approprier autrement. Patrick m’avait prévenu qu’il était assez exclusivement accroché à lui, en suivant ensemble les parcours mis en place, Baptiste a progressivement exprimé de plus en plus de choses avec le ballon, et avec moi, son regard était perturbant dans un premier temps car très focalisé sur moi, puis l’échange et le partage ont amené une relation plus « interactive », réciproque… Ce peu de choses, en terme d’évolution « psycho-motrice », m’a donné des émotions extraordinaires. Deux de ces jeunes les plus débrouillards avaient le niveau pour que nous leur proposions des situations similaires à ce qui se fait en catégories jeunes « valides », ils en sont même venus à faire des roucoulettes, et lorsqu’à la suite d’échanges judicieux l’un d’eux est parvenu à marquer un but de ce style (tir à effet) ça a été une expression de joie, impossible à ne pas partager. Il se dit « qu’il en faut peu pour être heureux »…ces moments m’ont rappelé à des réalités plus percutantes, et saines, je crois.
Un grand merci à Eric Quintin pour nous avoir accordé de son temps et qui a vraiment apporté son regard touchant sur un sujet d’actualité ! photo : Patrick Bizet.
Laila El Guif pour Hand Day